Promo 2018–2019 Option Auto
Mécanicien Freelance Hypercar
Alex Markham, diplômé de la promo 2018–2019 de l'École de la Performance, est aujourd'hui mécanicien freelance dans l'endurance internationale. Champion du monde LMP2 en 2021, vainqueur aux 24 Heures du Mans 2024 sur Ferrari Hypercar, il revient sur son parcours, sur ce que l'école lui a apporté et sur les réalités d'un métier qu'il a « dans le sang ».
Parcours et débuts dans le sport automobile
— Alex, peux-tu te présenter et nous raconter ton parcours ?
"Je suis Alex Markham, technicien automobile, diplômé de l'École de la Performance lors de la session 2018–2019. Après six mois de formation, l'École m'a placé en stage chez TDS Racing, une équipe qui court notamment en LMP2 en endurance. Ce stage m'a ouvert les portes d'un CDI que j'ai occupé jusqu'en décembre 2023 en tant que mécanicien numéro 2 sur voiture.
Depuis, je suis freelance à mon compte. En 2024, j'ai couru le championnat IMSA en LMP2 en tant que responsable de voiture avec AF Corse, et j'ai eu la chance de participer aux 24 Heures du Mans sur la Ferrari Hypercar… qu'on a gagnée. C'était une course unique avec eux, et cette année je continue avec AF Corse : je fais les European Le Mans Series en LMP2 et le WEC sur une GT."
— Quelles sont tes missions au quotidien sur le circuit ?
"Cette année, j'ai volontairement lâché un peu les responsabilités de chef de voiture pour des raisons familiales, ma femme finissait son master et je voulais être plus disponible à la maison. Je suis donc repassé au rôle de mécanicien, en exécutant les tâches définies par les chefs de voiture : réglages, révisions, et tout ce qui concerne ma zone de responsabilité.
Sur la Ferrari GT3 n°96 en WEC, on m'a confié toute la partie arrière : boîte de vitesses, suspension, moteur. Sur la LMP2, je suis plus polyvalent avec l'expérience accumulée depuis 2018–2019, on me laisse aller là où on a besoin, aussi bien à l'avant qu'à l'arrière de la voiture."
Ce que l'École de la Performance lui a apporté
— Qu'est-ce que l'École de la Performance t'a apporté, selon toi ?
"C'était ma porte d'entrée dans le métier. Et au-delà de ça, c'était un rêve qui se réalisait, j'ai grandi dans ce milieu : mon père était mécanicien en sport automobile dans les années 90, et mon frère est aujourd'hui ingénieur chez Toyota Gazoo Racing en rallye. C'est un truc familial.
Dans ma famille, on n'a jamais fonctionné par piston. On a toujours travaillé dur pour mériter ce qu'on veut. Donc quand j'ai découvert qu'il existait une école à Nogaro qui permettait de faire ça, j'ai postulé et une fois que j'y étais, je me suis dit : maintenant il faut bosser.
L'École, c'est aussi un excellent moyen de recadrer la frontière entre le rêve et la réalité du sport automobile. Parce que comme beaucoup de jeunes, on arrive en se disant que c'est un monde de passion, que c'est facile. La réalité, c'est des horaires longues, un travail exigeant, des égos à gérer ça demande du mental. Et l'école prépare exactement à ça.
Concrètement, les formateurs, Thierry et Guillaume notamment, nous ont transmis les bases nécessaires pour entrer en stage avec les bons réflexes : pas forcément pour tout faire dès le premier jour, mais pour comprendre ce qu'on voit, poser les bonnes questions et apprendre vite. J'avais des collègues venus d'autres écoles, et ça se voyait : quand les ingénieurs réglaient la voiture, moi je comprenais ce qui se passait. Eux devaient tout questionner. Cette différence, elle vient de la qualité de la formation."
— Et en termes de réseau et de stages ?
"C'est l'atout majeur de l'école. Leur carnet de contacts pour placer les élèves en stage, c'est incroyable. LMP2, F4, monoplace, rallye, sprint… des championnats sérieux, pas des petits trucs. C'est une chance énorme que d'avoir accès à ça dès la sortie de formation."
La pédagogie : durs, mais exprès
— Trouvais-tu que les formateurs étaient durs pour rien, ou exprès pour vous préparer ?
"Exprès, sans aucun doute. Et j'étais probablement l'un des plus matures de ma session, j'avais 25 ou 26 ans à l'époque. Ça se voyait dès le premier jour, avec le stage en montagne. Tout le monde pensait que c'était une sortie sympa. Pas du tout. Et c'était le meilleur moyen de nous faire sortir du rêve pour nous confronter à la réalité.
D'ailleurs, en rentrant de ce stage, deux ou trois élèves ont abandonné parce qu'ils avaient compris que ce métier n'était pas ce qu'ils imaginaient. C'est une bonne chose.
Cette philosophie-là s'est maintenue tout au long de la session. Et pour moi, c'était motivant. Dans le sport automobile, personne ne vient te dire « bravo, tu as bien bossé ». À l'École, c'était pareil : tu arrives en haut de la montagne, et au lieu d'un compliment, on te dit « tu as oublié tes copains derrière ». C'est ça, la réalité du travail en équipe.
Ce mental, je l'ai gardé. Aujourd'hui, je fais les pit stops, les changements de roues et si je n'ai pas cet état d'esprit de toujours m'améliorer, je n'irai jamais plus vite que les autres. Les mécaniciens, c'est lors des arrêts aux stands qu'on peut faire une vraie différence dans la course. C'est notre moment. Et sans ce goût du dépassement, ça ne sert à rien d'y être."
Le Challenge interne : apprendre à travailler en équipe
— Et le Challenge de fin d'année, comment tu l'as vécu ?
"Fantastique. Et on l'a gagné ! Mais je ne veux pas dire ça comme si c'était ma victoire personnelle, c'est une victoire d'équipe. On avait bien fonctionné ensemble parce qu'on s'était liés quasiment depuis le début de l'année. Chacun avait son rôle défini : chef de voiture, directeur technique, team manager, ingénieurs… Et on s'est parfaitement adapté.
Ce qui est fort, c'est que d'après ce qu'on m'a dit, on n'avait pas forcément les meilleurs pilotes du paddock ce week-end-là. Mais grâce au système de points mis en place par Thomas et Guillaume, on a réussi à ramener la coupe. Je l'ai encore dans mon garage !
J'étais team manager, en partie parce que je suis anglais et que tous les règlements étaient en anglais. C'est un grand mot, team manager, en fait, c'était surtout pratique pour l'équipe. Mais ça m'a appris à gérer des gens, à coordonner sous pression. Des compétences que j'utilise encore aujourd'hui."
Ce qu'il aurait aimé avoir en plus
— Y a-t-il des choses que tu aurais aimé avoir en plus dans la formation ?
"Honnêtement, la formation était vraiment complète pour les bases essentielles. Mais si je devais pointer quelque chose : des notions sur les réparations carbone et la pose de vinyles. Quand je suis arrivé en stage, on m'a affecté au bodywork et aux pneumatiques. Avoir même une initiation à la réparation carbone m'aurait permis de mieux comprendre ce que je voyais à côté de moi, de ne pas être complètement perdu.
Cela dit, je sais que maintenant l'École a intégré ces notions, donc c'est réglé. Et de toute façon, les bases données à l'École permettent d'apprendre vite sur le tas, chaque voiture est différente, chaque championnat a ses spécificités. L'essentiel, c'est d'avoir les fondations pour comprendre, s'adapter et progresser. Et ça, l'école me l'a donné."
L'avenir : vers de nouvelles responsabilités
— Et pour la suite, quelles sont tes ambitions ?
"J'ai une proposition pour revenir au poste de chef de voiture, et c'est quelque chose qui m'intéresse vraiment. Cette année, j'ai voulu souffler un peu, ma femme terminait son master, j'avais besoin d'être plus présent pour mes filles. Mais être chef de voiture, ça m'a appris énormément : gérer une équipe, les meetings avec les ingénieurs, être le lien entre la technique et les pilotes.
Sur le long terme, pourquoi pas évoluer encore un peu plus vers la gestion d'ensemble, pas dans l'administratif, mais dans le côté sportif pur : directeur sportif sur circuit, gérer les pilotes, les ingénieurs, prendre les décisions dans la chaleur de la course. On verra où ça mène. J'ai encore beaucoup à apprendre, mais l'ambition est là."
Ses conseils à ceux qui veulent se lancer
— Si tu devais donner un conseil à quelqu'un qui veut se lancer dans le sport automobile, ce serait quoi ?
"Il faut accepter d'en prendre plein la tête au début. Se serrer les dents, serrer les coudes et aller au travail sans craindre l'effort. Ça paye toujours, même si ce n’est pas immédiat.
Le plaisir, il arrive quand les résultats sont là et quand on tombe dans une bonne équipe. Parce qu'on finit par voir ces gens-là plus que sa propre famille. Quand on crée ce noyau solide et qu'on gagne ensemble, c'est que du bonheur.
Et aux futurs élèves de l'école : si les formateurs sont durs, c'est pour une raison. Il faut accepter ça, garder le sourire, ne jamais se plaindre. Ne pas oublier que faire ce métier, c'est déjà une chance. Il faut le prendre à 100%, tous les jours."


