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Promo 2019–2020 Performance Engineering
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Data & Systems Engineer WRC

Grandi dans les Pyrénées avec le rallye dans le sang, Corentin Arnaud a fait une école d'ingénieur à Strasbourg avant de rejoindre l'École de la Performance pour se spécialiser. Aujourd'hui, il travaille chez Toyota Gazoo Racing en Finlande sur le développement de la future voiture WRC 2027, un projet ultra-confidentiel, à la pointe de la technologie rallye mondiale. Un parcours construit sur la curiosité, la rigueur et un mental à toute épreuve.

Au cœur du développement WRC chez Toyota

— Présente-toi en quelques mots : qui tu es, où tu travailles aujourd'hui, et ce que tu fais concrètement au quotidien.

"Je suis Corentin Arnaud, je travaille chez Toyota Gazoo Racing en Finlande, au sein de l'équipe de développement WRC. En ce moment, on est en plein développement de la nouvelle voiture pour la réglementation 2027, donc c'est une période très intense.

Mon rôle couvre deux aspects complémentaires : la data et les systèmes embarqués. Côté data, je mets en place des capteurs sur la voiture, déplacement d'amortisseur, hauteur de caisse, et bien d'autres, je les connecte à l'ECU, j'enregistre tout et j'analyse les acquisitions pour comprendre comment la voiture se comporte dynamiquement. C'est essentiel pour corréler les feedbacks des pilotes avec ce que les données montrent réellement, surtout quand on travaille avec des pilotes de haut niveau comme Sébastien Ogier.

Côté systèmes, je suis aussi en charge du flashage de la voiture : calibration châssis, stratégies de refroidissement, gestion de la pompe électrique, des ventilateurs, et coordination avec les ingénieurs software pour développer et tester de nouvelles stratégies. Là par exemple, on part bientôt en Grèce pour des essais dans la chaleur, avec plusieurs configurations de refroidissement à évaluer. Comme on est une petite équipe de développement, chacun touche à beaucoup de choses, c'est exigeant, mais c'est aussi ce qui rend le travail passionnant."

— C'est quoi ton premier souvenir lié au motorsport ? Ce qui t'a donné la piqûre ?

"J'ai toujours voulu travailler dans le rallye. Mon oncle était copilote, et avec mon père on allait régulièrement voir des rallyes autour de Grenoble, il y en avait presque tous les week-ends. Il m'arrivait même de sécher l'école pour aller voir courir mon oncle. Aujourd'hui, mon frère et mes cousins font du rallye aussi. C'est vraiment ancré dans la famille."

De l'INSA Strasbourg à Nogaro : se spécialiser pour vraiment entrer dans le milieu

— Avant d'intégrer la formation Performance Engineering, tu en étais où dans ton parcours ?

"J'avais fait un bac S, puis une école d'ingénieur à l'INSA Strasbourg en cinq ans spécialité mécanique. C'est une très bonne formation généraliste, mais ça ne m'ouvrait pas directement les portes du sport automobile. J'avais les bases techniques, mais pas les connaissances spécifiques à la compétition."

— Qu'est-ce qui t'a amené à choisir l'EDLP spécifiquement ?

"En France, on n'a pas quarante écoles spécialisées dans le sport automobile. J'avais regardé l'ISAT, mais c'était financièrement impossible pour moi. J'ai fait un crédit étudiant pour intégrer l'École de la Performance et je le rembourse encore, mais c'est un investissement que je ne regrette pas. Il y a aussi des formations en Angleterre, mais entre le coût de la vie et les frais de scolarité, ce n'était pas envisageable. L'EDLP, c'était la solution la plus accessible et la plus cohérente pour me spécialiser."

— Comment tu décrirais la formation à quelqu'un qui ne la connaît pas du tout ?

"Si tu n'as aucune base dans le sport automobile, elle t'apprend vraiment l'essentiel : comment lire des acquisitions data, comment se structure une compétition, comment lire un règlement technique, les bases de la dynamique véhicule, du châssis, de la transmission. Ce sont des choses que tu ne peux pas apprendre tout seul sur Internet enfin, pas de la même façon.

Après, comme tout diplôme, c'est une porte d'entrée et une boîte à outils. Les vraies connaissances, tu les construis en travaillant. Mais sans ces bases, tu arrives en stage et tu es complètement largué. C'est aussi simple que ça."

— Quel module ou quelle expérience t'a le plus marqué ?

"On avait un intervenant anglais, Andrew, qui faisait des cours sur la data et la dynamique véhicule. Pour moi, c'était le contenu le plus important de la formation. On était sept ou huit dans la promo, donc on pouvait vraiment poser des questions, creuser les sujets c'était presque du sur-mesure.

J'ai aussi beaucoup apprécié le travail pratique sur les monoplaces : les set-down complets, la prise de géométrie, retrouver le modèle de la voiture à partir des mesures. C'est du concret, et c'est indispensable. Parce qu'un ingénieur qui ne sait pas ce que ça représente physiquement de changer une barre anti-roulis en rallye, il va demander des trucs impossibles aux mécaniciens."

Le stage : circuit, rallye, et les vraies heures du sport automobile

— Tu as atterri dans quelle team, sur quel championnat ? C'était quoi ton rôle au quotidien ?

"J'ai fait mon stage chez Chazelle Technologies Course, une structure qui fait à la fois du circuit et du rallye, ce qui m'a permis de voir les deux. En circuit, j'assistais l'ingénieur principal sur la partie data : analyse des acquisitions, définition du setup. En rallye, on était une petite équipe, moi, deux mécaniciens, donc je cumulais : data, discussions avec le pilote, et parfois du travail manuel sur la voiture. C'était polyvalent, et c'est exactement ce dont j'avais besoin."

— Quelle a été la situation la plus intense ou la plus formatrice que tu as vécue pendant ces 6 mois ?

"La préparation du Challenge de fin d'année, sans hésiter. Les horaires, la pression, la cohésion qui se crée dans ces moments-là, c'est exactement ce que c'est dans le vrai sport automobile. Encore aujourd'hui chez Toyota, il m'arrive de terminer le montage d'une voiture à 3h du matin parce qu'elle devait partir pour des essais en Portugal. C'est la réalité du métier, et si tu le découvres pour la première fois en stage, ça peut te faire peur. Autant le vivre à l'École d'abord.

Le stage de cohésion en montagne était aussi marquant, trois jours assez intenses, peu de sommeil, conditions difficiles. Mais c'est justement ça qui filtre : ceux qui ne tiennent pas là-dedans, ce n'est pas la peine de continuer, parce que c'est exactement comme ça que fonctionne le sport automobile."

— Est-ce que tu t'es senti préparé par la formation, ou tu as dû apprendre beaucoup sur le tas ?

"La formation m'a vraiment donné le socle. Cela étant, j'apprends encore tous les jours, ça fait six ou sept ans que je travaille dans le sport automobile, et je découvre encore des choses au contact de mes collègues chez Toyota. Pour moi, le jour où tu n'apprends plus rien dans ton boulot, c'est un signal d'alarme. Soit les gens autour de toi ne sont pas assez compétents, soit tu n'es pas assez curieux.

Un ingénieur moteur de mon village qui avait travaillé en F1 puis chez McLaren me disait : ton diplôme, c'est ton permis de conduire. Après, c'est en roulant que tu apprends vraiment à conduire. Je n'ai jamais trouvé meilleure formule."

— Est-ce que le stage a directement influencé ton embauche après ?

"Pas d'embauche directe chez Chazelle, le poste était déjà occupé. Mais ça m'a ouvert un réseau. Quand j'étais par la suite chez Saintéloc, le team manager a appelé Chazelle pour avoir un retour sur mon travail. Dans le sport automobile, c'est un petit monde : même sans CDI immédiat, si tu laisses une bonne impression, ça circule. Et ça finit par payer."

Ce que l'école lui a vraiment donné

— Si tu devais citer une seule compétence que l'EDLP t'a vraiment donnée et qui te sert chaque semaine, ce serait laquelle ?

"Le mental. Au-delà des connaissances techniques, c'est savoir que c'est dur et que si tu veux que ça avance, il faut bosser, sans se plaindre. Dans le sport automobile, si tu n'as pas ça, tu ne tiens pas. L'École te forge dans ce sens-là, et c'est peut-être ce qu'elle fait de mieux."

— Est-ce que tu as l'impression que les teams reconnaissent la valeur de l'École dans le milieu ?

"En France, oui les équipes qui connaissent savent ce que ça représente. À l'international, c'est plus variable. Les Belges, les Italiens, les Espagnols... je pense qu'ils ne connaissent pas l'École. Mais dans le sport automobile, ce qui parle finalement, c'est toujours ce que tu fais sur le terrain."

Son message à ceux qui hésitent

— Si tu pouvais parler directement à quelqu'un qui hésite à s'inscrire aujourd'hui, tu lui dirais quoi ?

"Si tu as les moyens, fonce. Pour moi, c'est indispensable. Si tu n'as pas fait l'ISAT ou l'ESTACA, tu dois passer par une école comme celle-là, sinon, tu arrives en stage sans bases, tu es incapable de lire des acquisitions, et c'est terminé avant même d'avoir commencé.

Oui, c'est un investissement. Je rembourse encore mon crédit étudiant. Mais c'est un investissement sur toi-même, et le retour est là, en compétences, en réseau, en évolution professionnelle.

Et surtout : fais-le parce que tu es passionné. Si tu ne l'es pas vraiment, le mental ne suivra pas. Moi je travaille beaucoup, mais je n'ai pas l'impression de faire un boulot. J'ai l'impression de faire partie d'une équipe de sport. Et ça, ça change tout."