Promo 2015-2016 Option Moto
Responsable des suspensions pour Dani Pedrosa et Pol Espargaró lors des tests
Passionné de moto depuis l'enfance, Cyril Mounier a tracé son chemin dans la compétition à force de ténacité, de remise en question et d'un refus catégorique de se contenter du raisonnable. Diplômé de l'École de la Performance, il travaille aujourd'hui chez KTM/WP Suspensions sur le programme MotoGP, aux côtés de Dani Pedrosa et Pol Espargaró. Retour sur un parcours hors-norme.
Des débuts en 25 Power aux portes de la compétition professionnelle
— Peux-tu te présenter et nous expliquer ton parcours ?
"Je m'appelle Cyril Mounier, j'ai 29 ans et j'habite en Haute-Loire. Passionné de moto depuis tout petit et plus particulièrement de vitesse, j'ai commencé à rouler à 8 ans. Après une pause de quelques années, j'ai repris la compétition à 15 ans en championnat de France 25 Power.
J'ai intégré un moto-club, les Picarloux, qui m'a beaucoup aidé au départ. Car avant de poser ses roues sur un circuit, sans connaître personne dans le milieu, à 15 ans, ce n'est pas évident. Avec deux amis, on a monté un team d'endurance 25 Power. C'est de là que tout est parti."
— Qu'est-ce qui t'a conduit à l'École de la Performance ?
"Progressivement, j'ai appris à gérer la mécanique, la préparation logistique et administrative nécessaires pour participer aux courses, même à un petit niveau. En parallèle, j'ai passé un bac scientifique spécialité Sciences de l'Ingénieur, puis un DUT Mesures Physiques. Cette formation m'a donné des bases solides en mécanique, thermodynamique, matériaux, chimie, électricité, électronique et acquisition de données autant de domaines qui se retrouvent dans la compétition.
À l'époque, je pensais encore que travailler dans la compétition moto était inaccessible. Jusqu'au jour où je me suis rendu compte que j'étais parmi les meilleurs de ma promo sans fournir beaucoup d'efforts. Je me suis dit : si d'autres y arrivent, pourquoi pas moi ?
J'ai alors orienté mes recherches de stage vers la compétition : manufacturiers de pneus, marques de freins, d'échappements, préparateurs moteurs… Grâce à mon expérience en 25 Power et aux contacts que je m'étais faits, j'ai pu obtenir le numéro de Martial Garcia, patron du team MG Compétition (Yamaha), qui évoluait en championnat d'Europe Superstock. Je n'avais pas d'accord officiel pour valider mon stage dans le cadre de mon DUT, mais j'ai insisté jusqu'à ce qu'il accepte de me prendre."
Petite anecdote :
"Je me souviens d'une grosse erreur sur les carénages juste avant une course à Jerez. J'avais mal percé et ajusté les pièces. Je me suis fait remonter violemment les bretelles. Le soir-même, je suis rentré chez moi en pleurant, en me sentant nul. Le lendemain, un des membres de l'équipe est venu me dire que s'il m'avait autant « secoué », c'était parce qu'il croyait en moi. Sinon, il n'aurait pas perdu son temps. Cette phrase a été un vrai déclic.
Mon stage devait durer 6 semaines ce n'était pas suffisant pour montrer toute ma motivation. Une fois terminé, j'ai continué à venir travailler sans rien dire. Quand ils m'ont demandé quand mon stage se terminait, j'ai répondu : « Il est fini depuis un moment ! » En faisant ça, j'ai prouvé ma détermination, et ils m'ont gardé.
On avait prévu que je fasse une école d'ingénieur à l'ISAT de Nevers en alternance avec MG Compétition. Mais en arrivant, on m'a annoncé que mon emploi du temps ne serait pas compatible avec les courses. L'envie de travailler en compétition était plus forte que celle de devenir ingénieur : je suis parti le soir-même.
J'ai alors appelé Thierry Fornerod pour intégrer l'École de la Performance… cinq jours avant la rentrée ! Grâce au soutien de mes collègues de MG Compétition, j'ai pu passer les entretiens et les tests rapidement. Le lundi matin suivant, j'étais à Nogaro. Je tiens d'ailleurs à remercier infiniment M. Fourneraux.
L'école n'est pas une école classique : on y apprend uniquement des choses qui nous passionnent, ce qui rend l'apprentissage naturel et motivant. Je conseille d'arriver avec de solides bases en mécanique pour en profiter pleinement. Les formateurs sont avant tout des professionnels de haut niveau, pas des professeurs classiques."
Les valeurs transmises par l'école
— Quelles valeurs ou principes clés de l'École de la Performance te semblent les plus essentiels aujourd'hui dans ton travail ?
"La cohésion d'équipe et la capacité à travailler sous pression, sans aucun doute. L'école nous pousse hors de notre zone de confort avec des stages de cohésion et met en place des exercices pour tester nos réactions au stress. C'est essentiel en compétition : agir vite, en équipe, sans craquer. Ce stage a pu être très difficile pour certains. Pour ma part, mon expérience chez MG Compétition m'avait déjà bien préparé.
Au-delà du travail d'équipe, la capacité d'adaptation, la persévérance et l'humilité sont fondamentales. Et un point crucial : comprendre son rôle dans une équipe. En compétition, même si on est excellent dans son domaine, si on ne sait pas travailler avec les autres, on devient un problème. Il faut savoir où commence et où s'arrête son travail.
Bien sûr, l'anglais et idéalement une troisième langue, sont indispensables pour viser le très haut niveau."
De Donerre Suspensions au MotoGP : une ascension progressive
— Quel stage as-tu fait à l'École de la Performance ?
"Initialement, je devais retourner chez MG Compétition, mais l'équipe a fermé juste avant le début du stage. L'école a réagi rapidement : j'ai d'abord travaillé sur la moto de l'école, puis j'ai été placé chez Donerre Suspensions.
J'ai commencé avec des tâches basiques, notamment sur des projets 4 roues comme le Dakar. Même si ce n'est pas ce qui me passionne le plus, ça m'a beaucoup apporté. Ensuite, j'ai aidé un pilote en Championnat de France Supersport, avant de faire une saison en FSBK avec Kawasaki SRC. Une année difficile, surtout mentalement.
J'ai ensuite eu l'opportunité d'intégrer le team Puccetti Kawasaki en Championnat du Monde Supersport, tout en continuant à travailler pour Donerre/WP France. À la suite de ça, Showa cherchait un technicien en Superbike : grâce à mon travail, j'ai pu basculer sur le World Superbike, où j'ai eu la chance de collaborer avec Toprak Razgatlıoğlu, puis Xavi Forés et Lucas Mahias.
J'ai ensuite rejoint le team officiel Kawasaki Superbike, où j'ai travaillé deux ans aux côtés d'Alex Lowes. C'était incroyable de monter en compétences dans des conditions de plus en plus professionnelles.
Puis KTM m'a proposé de rejoindre WP, leur marque de suspensions pour travailler sur leur programme MotoGP. Merci encore à Thomas Gallou, qui m'a énormément appris et recommandé à KTM. En compétition, tout le monde se connaît. Il est donc essentiel de bien travailler et de rester humble."
— Où en es-tu aujourd'hui ? Quelles sont tes missions principales ?
"Aujourd'hui, je travaille pour KTM en MotoGP, chez WP Suspensions, dans l'équipe de développement. Je suis responsable des suspensions pour Dani Pedrosa et Pol Espargaró lors des tests.
Avant chaque test, je prépare toutes les suspensions en Autriche : démontage, contrôle, révision, remontage, fourche, amortisseur, amortisseur de direction, ride height device, etc. Chaque pièce est minutieusement préparée, car ce sont souvent des prototypes aux spécifications différentes.
Une fois les suspensions prêtes, je les livre à KTM Motorsport pour l'assemblage des motos. Lors des tests, j'effectue les réglages nécessaires selon les retours des pilotes et les données enregistrées de simples ajustements externes à des modifications internes plus complexes et confidentielles.
Après chaque test, on analyse les données, on discute avec les ingénieurs, on fait des calculs, des simulations, et on prépare les prochaines évolutions. Même si je suis spécialisé en suspensions, tout est interdépendant : moteur, aérodynamique, électronique, pneus… Le travail d'équipe entre départements est primordial pour développer une bonne moto. L'équipe est top, et travailler dans ce contexte est extrêmement enrichissant !"
Ses conseils à ceux qui veulent se lancer
— En conclusion, que conseillerais-tu à quelqu'un qui souhaite intégrer la formation ou le monde de la compétition ?
"D'abord, il faut croire en soi. Si d'autres y arrivent, pourquoi pas vous ?
Ensuite, donner son maximum. Ce n'est pas facile, mais il faut savoir sortir de sa zone de confort et ne pas compter ses efforts. On fait parfois beaucoup d'efforts pour une chance sur 1 000… Mais si on tente 1 000 fois, la chance finit par tourner !
Il est aussi crucial d'apprendre des autres : écouter, observer, se remettre en question. En compétition, on est loin d'être le meilleur on travaille avec les meilleurs du monde. C'est une formidable leçon d'humilité.
Enfin, avancer étape par étape, sans brûler les étapes, en saisissant chaque opportunité.
L'école est un vrai tremplin. Mais il ne suffit pas de suivre la formation : il faut donner le meilleur de soi-même pour en tirer tout le potentiel. Personnellement, l'École de la Performance m'a permis non seulement d'avoir un stage, mais aussi de grandir en tant que personne. Merci encore à tous ceux qui m'ont donné un petit coup de pouce : c'est grâce à eux que je vis aujourd'hui mon rêve !"


