Promo 2011-2012 Technicien de compétition moto
Ancienne Mécanicienne : Moto 2/FSBK /Formule 1
Elle voulait mettre une moto sur une grille de départ de championnat du monde. Elle l'a fait. Gaëlle Le Hir a traversé le paddock dans tous les sens : FSBK, Moto2 et douze ans en Formule 1, avant de se réorienter vers l'industrie en 2025. Un parcours construit à la force du poignet, commencé à l'École de la Performance en 2011.
Tu peux te présenter en quelques mots ?
"J'ai bientôt 35 ans, j'ai intégré l'École en 2011-2012 en Technicien de Compétition Moto, avec un BTS AVA passé au lycée Galliéni à Toulouse. Depuis début 2025, j'ai quitté le sport automobile pour rejoindre Hutchinson, filiale Total, leader mondial dans le caoutchouc et les polymères. Je suis cheffe de groupe dans une unité qui fabrique des faces avant et des boîtiers avioniques. Je manage trois ateliers : câblage, montage moteur, et photométrie, le réglage de l'éclairage. Un virage à 180 degrés, mais les compétences sont universelles."
C'est quoi ton premier souvenir lié au motorsport ? Ce qui t'a donné la piqûre ?
"J'avais 7 ou 8 ans, c'était en 1996-97. Mon père est un grand spécialiste de la moto 2 temps, et le dimanche c'était rituel, on regardait le MotoGP, l'ancienne classe 125. Je me souviens de ce gamin qui gagne, Valentino Rossi, et du personnage qu'il était déjà. Ça m'a accrochée tout de suite. Depuis ce jour-là, je voulais travailler dans le sport moto, comme mécanicienne."
Avant d'intégrer la formation, tu en étais où dans ton parcours ?
"J'étais en formation Technicien de véhicule de compétition, option moto. Je n'avais pas encore passé mon BTS, j'ai intégré l'École avant même les résultats. J'avais passé les tests de sélection avec Thierry Fornerod dans son bureau, et ils m'ont pris. J'avais la confirmation avant même les examens. J'ai travaillé depuis mes 15 ans pour payer mon appartement, donc j'étais déjà en parallèle dans la vie active. Et dès que j'ai eu le BTS, j'ai enchaîné directement avec l'École de la Performance."
Comment tu décrirais la formation à quelqu'un qui ne la connaît pas ?
"L'École est à côté du circuit de Nogaro, ça bouge beaucoup. Et ce mélange de théorie et de pratique, c'est ce que j'ai vraiment apprécié. Des profils très différents se retrouvaient dans la même promo : certains venaient d'un parcours classique avec un bac pro, d'autres étaient plus forts en technique manuelle ou en dessin industriel. Et cette complémentarité crée un équilibre.
Les séjours à la montagne aussi, c'était unique. On rentrait épuisés, mais c'était génial pour la cohésion. Certains arrivaient vite en haut et redescendaient pour aider les autres. C'est exactement ça, le sport automobile : tout seul tu vas plus vite, mais à plusieurs tu vas beaucoup plus loin."
Quel module ou quelle expérience t'a le plus marqué ?
"Je me souviens très bien du premier projet à l'arrivée. On avait trois semaines pour concevoir et fabriquer une pièce, j'avais choisi les plans d'une équilibreuse, un support de roue. On ne pouvait pas sortir de la salle tant que les plans n'étaient pas validés. J'ai passé des nuits entières là-dessus, dans un état de fatigue que je n'oublierai jamais. Et c'est précisément ça qui te prépare au sport automobile, parce qu'en course, c'est exactement ce que tu vis."
Ton stage, tu as atterri dans quelle team, sur quel championnat ?
"J'ai fait mon stage chez TECMAS en FSBK. J'étais mécanicienne seule sur une 600 Supersport pour deux pilotes officiels. Et j'étais seconde mécanicienne sur la 1000 de Mathieu Gines. Première vraie expérience en compétition moto, et je me suis retrouvée seule responsable de ma machine dès les premiers jours."
La situation la plus intense que tu as vécue pendant ces 6 mois ?
"Mes premiers tests. La première fois que je faisais rouler une moto toute seule. Elle part, elle ne fait pas un tour, elle tombe en panne. Je me dis, c'est la première fois de ta vie, et ta moto s'arrête. J'avais envie de pleurer dans un coin. Et en fait, j'avais mal remis le bouchon du radiateur après la purge du circuit d'eau. Une des deux petites oreilles n'était pas enclenchée. Avec la chaleur, ça s'est arrêté net. Ça aurait pu être catastrophique.
Depuis ce jour-là, je serre chaque vis, chaque écrou, chaque bouchon avec une attention que je n'aurais jamais eue sans ça. Un bouchon peut sembler anodin, mais j'ai compris ce jour-là que rien n'est anodin en compétition."
Tu t'es senti préparée par la formation, ou tu as beaucoup appris sur le tas ?
"L'École prépare vraiment bien. Cela étant, il y a toujours un écart entre la formation et le monde professionnel, c'est vrai partout. Mais la formation te met dedans, et c'est un avantage énorme. Par rapport à des profils qui n'avaient pas cette formation, on était déjà dans le bon état d'esprit, avec les bons réflexes. Il restait à s'adapter à chaque équipe, à chaque environnement, mais les bases étaient là."
Le stage t'a ouvert des portes pour la suite ?
"Pas directement, l'équipe ne prenait que des stagiaires, donc je ne suis pas restée. Mais après l'École, je me suis mise à mon compte et j'ai travaillé en concession moto en parallèle, entre Kawasaki, KTM et Yamaha. Et le paddock, c'est un milieu petit. Tout le monde se connaît.
C'est comme ça qu'un ingénieur que j'avais croisé m'a contactée, il venait de rejoindre Renault pour le Dakar et cherchait du monde. Il m'a fait passer par sa boîte de prestation. En entretien, on m'a parlé de Formule 1. Moi, à ce moment-là, la F1 ne m’intéressait pas. Je ne regardais même pas les départs, je savais à peine ce qui s'y passait. Mais on m'a poussé à y aller quand même.
Mon CV a accroché, le feeling est passé. Au bout de quatre jours, ils voulaient que je monte. J'ai demandé deux jours pour réfléchir. Mes parents m'ont dit que tous les meilleurs mécaniciens MotoGP venaient de la F1. J'ai dit oui. Je me disais : trois ans, et on verra. J'y suis restée douze ans.
Aujourd'hui je ne regarde plus la F1, les courses ne m'ont jamais passionnée. Mais techniquement, c'est le sommet absolu. La chose la plus incroyable que j'aie vue sur une voiture. Et j'en suis immensément reconnaissante."
Si tu devais citer une seule compétence que l'École de la Performance t'a vraiment donnée ?
"L'adaptation. On nous le répétait sans cesse. Tu peux être très fort, très compétent, mais si tu ne sais pas t'adapter aux gens, aux conditions, aux imprévus, ça n’ira jamais loin. S'adapter à quitter ton chez-toi, ton milieu, ton confort. S'adapter sans jamais montrer une faille. C'est gravé en moi depuis 2012. Et cette compétence-là, elle me sert encore aujourd'hui dans un secteur qui n'a pourtant plus rien à voir avec le sport auto."
Les équipes reconnaissent la valeur de l'École dans le milieu ?
"Oui et non. Certains disent « ils ne forment pas à telle pratique », d'autres considèrent que ce sont d'excellents profils. Je pense que c'est parfois sous-estimé. Mais ceux qui parlent négativement de l'École, en général, ne savent pas vraiment de quoi ils parlent. Ils feraient mieux de vérifier avant de juger."
Si tu parlais directement à quelqu'un qui hésite à s'inscrire aujourd'hui ?
"Je lui dirais de s'inscrire. Si c'est vraiment un rêve, pas juste une envie vague, mais quelque chose à quoi tu penses tout le temps, un truc où tu ne te vois pas faire autre chose, alors il faut le faire.
Moi mon rêve, c'était de mettre une moto sur une grille de départ de championnat du monde. J'ai fait du Moto2 avec une équipe française. Et quand je me suis retrouvée sur cette ligne de départ avec ce pilote, aujourd'hui champion Superbike, j'ai oublié d'un coup tout ce que j'avais enduré. Toutes les nuits sans dormir, les sacrifices financiers, les moments difficiles. Tout. Ça existait plus.
Pour une femme dans ce milieu, ce n’est pas toujours simple. Mais j'y suis arrivée, et je le dois qu'à moi-même. À mon travail. L'École elle t'amène là où tu veux être, mais personne ne fera le chemin à ta place. Donc si tu as vraiment envie, inscris-toi. Ça va être difficile. Mais ne lâche pas."


